B O T T I C E L L I
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Botticelli |
Réel visible? Réel invisible? Autour de ces notions se jouent des conflits qui dépassent largement le destin d'une toile, si on donne au mot visible son sens fort : ce qui est donné à voir, ce qu'il est permis de voir. L'histoire de la peinture abonde en exemples illustres. Je n'en commenterai qu'un : La Naissance de Vénus de Botticelli. L'époque réclame encore des Madones et des tableaux de dévotion. L'inspiration antique a besoin de mécènes puissants pour se manifester. Dans ce contexte contradictoire, le peintre nous offre un spectacle qui n'a rien d'allégorique.
Vénus s'offre à notre regard dans une attitude qui n'évoque ni l'abandon lascif ni la pudeur outragée. Elle dissimule sa nudité sans chercher à la cacher avec la simplicité majestueuse d'une déesse antique. Elle a pourtant le visage d'une Madone à l'expression sereine et rêveuse.Autour de ce paradoxe vivant se joue un conflit qui abolit le Temps. A gauche, un couple de Zéphyrs amoureusement enlacés souffle dans sa direction. A droite, une jeune femme vêtue d'une robe sage s'efforce vainement de déployer un voile rouge devant la merveilleuse apparition.
Le souffle des Zéphyrs est-il destiné à pousser vers le rivage le frêle esquif sur lequel navigue Vénus ? Nullement, il vise à contrecarrer les efforts pudibonds de la dame : rendre invisible un réel visible, la nudité de Vénus.
A gauche, c'est l'onde transparente, la luminosité d'une Méditerranée antique. A droite, c'est le Jardin, l'Eden, le paradis médiéval. Le heurt entre ces deux univers a pour enjeu la nudité de Vénus. Va-t-on l'habiller comme les missionnaires catholiques habilleront les indigènes du Nouveau Monde ? Ou bien se laisse-t-elle déshabiller par ce souffle païen qui annonce la Renaissance ?
La nudité de Vénus a dérangé en son temps, comme dérange aujourd'hui le réel invisible dévoilé par Yatridès. Car il vit et se déploie irrésistiblement selon une dynamique qui annonce une percée décisive dans l'art pictural : le non-retour définitif au figuratif traditionnel, le dépassement justifié de l'expression abstraite.
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Yatridès |
Yatridès dérange ceux qui s'installent dans le conformisme d'un néo-figuratif académique : les débordements de fantasmes, de représentations oniriques, les espaces vides, les perspectives inversées, les hommes-mannequins, les filles aux poses lubriques, les médiocres tentatives d'effets insolites, tout ce stock poussiéreux d'invendus des décennies passées, inspirés par un freudisme à la mode surréaliste, mais déclassés par la vague de l'abstrait. Voilà la piètre relève que les fabricants de culture, les maîtres des médias commencent à offrir à un public lassé par les extravagances des derniers abstraits et la stérilité de leurs recherches.L'avènement de l'oeuvre de Yatridès inclassable, indépassable, perturbe le petit monde des commentateurs habitués à débiter les éternelles platitudes sur l'invention de celui-là, la tendre légèreté de celui-ci ou la vigueur de X.
Toutes les manoeuvres mesquines, les omissions, les silences n'empêchent pas Yatridès de conquérir sans cesse un nouveau public, des appuis toujours plus nombreux, sans devoir pour cela passer par les canaux éprouvés du show-biz, de la campagne promotionnelle, du contrat draconien, des banques.
Yatridès a ouvert un espace problématique et laisse à chacun la possibilité de questionner et de répondre à sa façon. Mais, se contente-t-il de proposer des images poétiques, des interrogations restant sans réponse ? Non, car à ce stade ultime, il réagit encore en artiste. Il insuffle la vie à sa création. S'il crée l'angoisse, il sait aussi l'apaiser et pour cela, il n'use que d'une seule recette, la beauté.
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