
L
a tabula rasa ( destruction de tous les signes traditionnels de tous les repères utilisés par les hommes pendant des siècles pour communiquer au moyen de la représentation picturale), tabula rasa opérée systématiquement par l'avant-garde esthétique, aboutit à des carrés blancs ou noirs signalant des fins de partie ou bien à des coulées de matière que l'artiste déifie et scrute dans le vain espoir d'y capturer l'infini ou bien, plus prosaïquement, à des divertissements décoratifs.
Yatridès
L'Egrégore du futur 81x65 cm
Collection privée France
1982YATRIDES construit ses tableaux sur le constat de cette tabula rasa avec la conviction que toute tentative de retour en arrière, de restauration des valeurs d'antan serait vaine et dénuée de sens. Il procède patiemment à la reconquête d'un espace pictural, abandonné progressivement par cette avant-garde qui s'était mobilisée contre des tabous académiques, mais s'était révélée incapable de tirer des fruits de sa lutte émancipatrice ( Voir dans les Icônes interstellaires ).
Pour Georges Yatridès, les griffures, les giclures, les éclaboussures, ces excréments abandonnés par des anachorètes abstraits, réfugiés dans le désert de la non-communication, sont devenus les éléments premiers d'une terra incognita, d'un monde inconnu qu'il a patiemment exploré, répétons-le, avec des moyens exclusivement picturaux.
Par conséquent, il les a sublimés, il les a portés à un niveau d'interprétation qui lui a permis d'en faire les matériaux de construction d'un nouvel univers. Yatridès le découvrait à mesure qu'il le créait.
Plutôt que de parler de monde intérieur, de transcendance, nous préférons appeler cet univers la troisième demeure de l'Homme. La troisième, après l'abri naturel dont disposent, à des titres divers, toutes les créatures vivantes, et après l'habitat, ce produit de la civilisation, que l'homme s'est octroyé et qu'il concède aux animaux domestiqués par lui.
La peinture figurative traditionnelle était capable de représenter la nature et la société, la première et la seconde demeures de l'Homme. Elle n'a su évoquer la troisième qu'au moyen de métaphores et de symboles désormais obsolètes.
Le mérite des écoles post-figuratives de ce siècle sera d'avoir dégagé un espace qui permet la révélation de ce que la peinture figurative nous a trop longtemps dissimulé : la réalité invisible, la troisième demeure de l'Homme que nous révèle enfin Yatridès.
Cette "troisième demeure" est l'univers même de sa peinture.
Voilà en quoi réside son originalité absolue.
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Yatridès |
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